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220 marins pris au piège en méditerranée

Les 220 marins de la Comarit sont arrivés début décembre à Sète, pour certains, pour une simple escale technique de quelques jours . Fin mars,cela faisait alors quatre mois qu’ils étaient retenus en otage . La raison : leur armateur, la compagnie de ferries marocaines Comarit, doit payer 3 millions d’euros à ses fournisseurs qui ont saisi 3 bateaux dans le port français .

Plus grave encore pour ces matelots : cela fait maintenant quatre mois qu’ils n’ont pas été payés. Impossible pour eux de quitter le navire sans faire une croix sur leurs salaires impayés, ils sont donc pris au piège .

« Le plus dur pour nous, c’est d’être loin de nos proches »confie Mohammed Hamich, bosco sur le BniN’sar, l’un des ferries bloqués. Pour autant, le navire n’est pas abandonné. L’armateur reste en lien avec les commandants et fournit les ferries, au compte-gouttes, en carburant et en nourriture. Le ravitaillement, parfois trop juste,n’a pas suffi pour empêcher les coupures d’électricité générale. Sans carburant, les générateurs ne produisent plus d’électricité. Ainsi, les marins du Marrakech, autre navire bloqué se sont retrouvés, en plein hiver, plongés dans le noir, sans chauffage,eau courante, ni sanitaires. A bord de ce ferry, il s’est ainsi produit 5 « blackout »de plusieurs jours chacun.

Pour certains marins, c’était leur dernier voyage avant les vacances. « Ils sont arrivés à Séte avec le minimum : la tenue de service et une tenue civile »raconte Hélène Scheffer, présidente du Semen’sclub. Les membres de cette association d’accueil habitués aux abandons de matelots dans le port de Sète, ont ainsi organisé, avec l’aide d’autres associations sètoises et la Croix Rouge, des distributions de vêtements chauds et couvertures. Mais pour la petite association, l’ampleur de la situation a dépassé ses moyens d’action. Et sans aide venue du Maroc, les autorités locales ont dû agir : la ville de Sète a installé sur le port des douches publiques,et la préfecture s’est engagée à ravitailler les ferries en cas de coupure d’électricité. «  nous voulons simplement être payés et que l’activité reprenne » insiste Heddou Sekiri, chef mécanicien sur le Bni N’sar.

Depuis quatre mois, les rumeurs se multiplient sur une issue possible, toujours démenties. Les marins, à bout de nerfs, finissent par douter. Une autre issue possible : la saisie des des bateaux par les marins, revente des navires via ITF (la fédération internationale des travailleurs du transport ).Mais vu l’âge des bateaux (certains ayant plus de quarante ans de service ) la revente ne couvrira pas la totalité des créances salariales qui pourraient s’élever à près d’un million d’euros. Pour Yves Reynaud ,inspecteur ITF-CFDT, cette situation relève d’un contexte général : « Les marins finissent par être une variable d’ajustement pour les armateurs qui veulent faire plus d’économie. »Et le représentant d’imaginer «  pour le transport un label éthique comme il en existe pour la production des biens  ».En attendant, le cas des marins de Sète n’est pas isolé, la Comarit compte 8 autres bateaux bloqués en Espagne .

Ariane Puccini : article paru dans «CFDT magazine, mai 2012

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