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La Rochelle : le « Sider Pink », bateau maudit, à quai depuis deux mois

Photo Pascal COUILLAUD

La routine dans laquelle s’installe l’équipage du « Sider Pink » trompe l’ennui. Les 17 marins Ghanéens et Grec du cargo immobilisé depuis la mi-août à La Rochelle ne changent rien aux habitudes du large ; les quarts sont pris à heures fixes. Un homme aux générateurs assure la production de l’électricité du bord, un autre à la passerelle supervise la sécurité générale du navire, un troisième arpente les coursives et le pont, vérifiant notamment la bonne tenue des amarres. Cuistot dans sa cambuse, capitaine dans son bureau. Rotation d’équipe toutes les quatre heures, mais au rythme engourdi d’une escale forcée à la Pallice. Accosté dans un recoin du môle, le cargo sous intérêts grecs battant pavillon libérien, a des allures de bateau fantôme brassant…

La routine dans laquelle s’installe l’équipage du « Sider Pink » trompe l’ennui. Les 17 marins Ghanéens et Grec du cargo immobilisé depuis la mi-août à La Rochelle ne changent rien aux habitudes du large ; les quarts sont pris à heures fixes. Un homme aux générateurs assure la production de l’électricité du bord, un autre à la passerelle supervise la sécurité générale du navire, un troisième arpente les coursives et le pont, vérifiant notamment la bonne tenue des amarres. Cuistot dans sa cambuse, capitaine dans son bureau. Rotation d’équipe toutes les quatre heures, mais au rythme engourdi d’une escale forcée à la Pallice.

Accosté dans un recoin du môle, le cargo sous intérêts grecs battant pavillon libérien, a des allures de bateau fantôme brassant un sillage d’eau trouble. Des créanciers qui frappent à la porte de l’armateur, un équipage qui réclame son dû : quatre mois de salaires impayés, soit 195 300 euros.

Près d’1 million d’euros de dettes

Bloqué à quai par le Centre de sécurité des navires en raison de déficiences techniques, le « Sider Pink » est aussi immobilisé par deux saisies conservatoires prononcées par le tribunal de commerce de La Rochelle.

L’une, en date du 17 septembre, est à l’initiative d’Ocean energy, société domiciliée à Saint-Vincent-les-Grenadines. Ce fournisseur de fuel fait valoir une dette de 165 700 euros et 29 100 euros d’intérêts. La seconde, en date du 18 septembre, émane de la société Premium commodities limited, société du Liberia domiciliée chez Navigation maritime limited. Alors que le cargo se trouvait au port ghanéen de Tema, Premium, une société d’affrètement, s’était substituée à l’armateur grec du navire, MFS Ship Management, pour que le chargement d’urée qui se trouvait à bord soit livré à La Rochelle. Les salaires que l’armateur devait alors (46 500 euros) avaient été couverts par l’affréteur Premium. Lequel avait aussi engagé plus de 700 000 euros de plus pour ravitailler le bateau et procéder à l’entretien nécessaire au voyage.

Du côté des marins du « Sider Pink », Premium s’était aussi engagé à les payer à la livraison du chargement. L’urée a été livrée au Grand Port maritime de La Rochelle, la dernière semaine d’août. Depuis lors, le cargo n’a plus d’agent maritime représentant l’armateur au port, plus d’assurance, ni de société de classification.

« Le moral des gars est bas »

Port de l’angoisse pour marins pressés d’être rapatriés. « C’est bien simple, je n’ose plus trop appeler mon épouse. Parce qu’à chaque fois qu’elle me demande quand je rentre, je n’ai pas de réponse à lui donner. » Le capitaine du navire, Abraham Kwaw, a laissé cinq enfants au Ghana. « Et encore, les miens sont grands, entre 20 et 34 ans. Pas comme certains de mes marins, pères de nouveau-nés. Nous sommes là depuis la mi-août… Le moral des gars est bas. Toute la journée, ils franchissent le seuil de ma cabine pour demander quand nous rentrons. »

Quand ils ne sont pas d’astreinte, ces marins errent du foyer du port, le Seamen’s club où ils achètent une connexion wifi pour joindre leurs familles, au centre-ville de La Rochelle, unique destination de promenade sans but précis.

Le « V » de victoire

Cet après-midi-là, onze d’entre eux se sont réunis dans la salle à manger du cargo. Confort rudimentaire du skaï et du formica, éclairage cru d’une ligne de néons. Le maître d’équipage se fait porte-parole : « Nous n’avons jamais connu ça. Le peu d’argent que nous avons reçu depuis début septembre – environ 10 % des salaires dus -, nous l’avons envoyé à nos familles. Partir, c’est notre objectif, mais nous ne partirons pas sans l’argent. » Les mots de Joseph Amoasis déclenchent le murmure sourd d’une colère trop longtemps rentrée et partagée en vase clos. Les collègues approuvent. Les plus jeunes des marins grondent. Un ancien lève un bras rageur, deux doigts pointés en un « V » de victoire.

Le navire dispose d’un mois de réserve de fuel pour produire l’électricité du bord. La nourriture ne manque pas encore et, la semaine dernière, la capitainerie du Grand Port a fait procéder au chargement de 100 mètres cubes d’eau douce ; le réservoir était à sec.

Les hommes s’accrochent. Patients, disciplinés, rassemblés autour de leur capitaine et quasiment coupés du monde. Avec l’espoir que la négociation engagée par l’ITF, le syndicat de défense des marins qui s’est saisi du dossier, débouchera sur une issue heureuse. « Je veux tout faire pour qu’ils partent avant l’hiver, ils ne sont pas armés pour affronter cette saison », explique le délégué du syndicat, Geoffroy Lamade. Lequel ne cache pas que ses échanges avec l’employeur de l’équipage sont au point mort. « J’ai envoyé un énième mail la semaine dernière. On ne peut pas parler d’abandon du navire et de l’équipage, il y a eu un peu d’argent envoyé. Mais je ne me fais pas trop d’illusions. Il y a les saisies, les banques auprès desquelles le navire est gagé voudront peut-être aussi récupérer leur argent, et la situation de l’armateur grec n’est pas bonne. Tout cela finira peut-être par une vente aux enchères, mais pas tout de suite. »

Source: Sud Ouest
Publié le 05/10/2015

Philippe Baroux

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